Alexia Grousson
Afin de répondre à un besoin grandissant, Nadège Tcheumess, enseignante à l’école Sainte-Jeanne-d’Arc, a mis sur pied un atelier consacré aux cheveux afro, en collaboration avec Marie-Paule Hounsa, coiffeuse au salon Shiny Hair de London.
Offerte gratuitement aux jeunes de 10 à 18 ans, l’initiative s’est déroulée au cours de deux séances, les 9 et 16 mai. Elle visait à mieux faire connaître les cheveux frisés et ondulés tout en favorisant l’estime de soi et l’affirmation identitaire.
Cet atelier est né des confidences recueillies au fil des années par l’enseignante auprès de ses élèves. « J’ai décidé d’offrir cet atelier parce que c’était un réel besoin pour les élèves. Plusieurs subissent des moqueries à cause de leurs cheveux. Certains vont même jusqu’à les couper. Cela touche leur santé mentale, leurs émotions et leur identité. Je devais agir d’une façon ou d’une autre », explique Mme Tcheumess.
Pour offrir un espace bienveillant et éducatif, elle a choisi de faire appel à une spécialiste afin d’accompagner les participants dans leur apprentissage et leur rapport à leurs cheveux. « Je voulais leur montrer la valeur et l’héritage de leurs cheveux, leur apprendre à les aimer et à valoriser leur identité. L’objectif de base était vraiment pédagogique », ajoute-t-elle.
Les ateliers ont réuni une vingtaine d’élèves accompagnés, pour certains, de leurs parents. Par le biais de présentations, d’échanges et de démonstrations pratiques, les participants ont découvert l’histoire culturelle des cheveux afro ainsi que les bases de leur entretien. Les discussions leur ont permis d’exprimer leurs expériences et leurs émotions. « Certains étaient fiers de leur chevelure, tandis que d’autres vivaient beaucoup de stress face au regard de leurs camarades », raconte l’enseignante.
Les ateliers ont abordé la porosité afin de comprendre les différents types de fibre et leur niveau d’hydratation ainsi que les méthodes adéquates pour les peigner et les entretenir. Les jeunes ont également appris à choisir les produits naturels adaptés à leurs besoins tels que l’huile d’olive, de coco ou de ricin, l’hibiscus ou encore le clou de girofle.
Puis, les participants se sont initiés aux bases du tressage et aux coiffures protectrices. Selon l’enseignante, plusieurs jeunes afrodescendants ne portent pas de tresses parce que les coûts sont souvent trop élevés. L’atelier voulait donc aussi encourager leur autonomie en leur transmettant des techniques simples à reproduire à la maison.
Au-delà des apprentissages capillaires, l’activité se voulait un espace de valorisation personnelle et culturelle. Les élèves ont participé à un exercice créatif qui consistait à dessiner leurs cheveux et à y associer des mots tels que « fierté », « identité », « j’accepte mes cheveux » ou encore « je les aime ». Chants, danses et échanges ont également contribué à créer une atmosphère conviviale et solidaire.
« Les participants étaient solidaires et travaillaient ensemble. Les plus âgés montraient aux plus jeunes. Il y avait une belle cohésion et on sentait une hausse de l’estime de soi. Les adolescents étaient contents de parler de ces réalités. Il y a un impact positif derrière tout cela. La santé mentale est importante et ils se sentent moins seuls en vivant cette expérience ensemble », poursuit-elle.
Nadège Tcheumess souhaitait organiser ce projet depuis longtemps, mais plusieurs contraintes liées aux locaux et à l’horaire avaient retardé sa mise en œuvre. Forte de l’enthousiasme suscité par cette première édition, elle espère en faire une activité récurrente. Un prochain atelier est déjà envisagé pour le mois de juin, avec l’objectif d’offrir ces rencontres chaque mois ou aux trois mois.
Pour l’enseignante, cette initiative dépasse largement le cadre des soins capillaires. « Les ados doivent devenir des passeurs de messages pour les autres générations. Valoriser leur capital culturel et changer le regard qu’ils portent sur eux-mêmes peut aussi transformer le regard des autres », conclut-elle.
-30-
Photo (Crédit : Nadège Tcheumess) : Les jeunes en ont appris sur leurs cheveux et leur entretien (à l’extrême droite : Mme Tcheumess)






