Une trentaine d’intervenants ont reçu leur certificat de formation dans le cadre du programme L’Abri du soutien. Cette initiative vise à améliorer l’accès aux services en santé mentale pour les communautés ethnoculturelles, sur une approche de proximité et de confiance.

Olaïsha Francis – IJL – Le Régional

Une cérémonie de remise de certificats a marqué la fin de la récente formation du programme de L’Abri du soutien, à London, qui a réuni les nouvelles cohortes d’intervenants et plusieurs partenaires communautaires et institutionnels venus souligner leur engagement.

Au total, une trentaine de personnes ont complété la formation cette année, dont 18 francophones et 16 anglophones. Quatre intervenants de la cohorte précédente ont également suivi un perfectionnement afin de devenir formateurs, une étape importante pour assurer l’autonomie du programme à long terme.

La remise des certificats s’est déroulée le 4 avril, dernière journée de formation, qui a rassemblé les deux cohortes. Cette rencontre bilingue a permis de consolider les apprentissages et de créer des liens entre participants. La cérémonie s’est tenue en présence du député fédéral Peter Fragiskatos et des partenaires tels que le Centre communautaire francophone de London et la Communauté francophone accueillante locale.

Ce moment de reconnaissance souligne le rôle grandissant de ces intervenants, formés pour offrir un premier soutien en santé mentale au sein de leurs communautés. « Un des aspects que j’ai moi-même appris de la formation, c’est de ne pas donner de conseils ou solutions, mais d’apprendre à donner de l’autonomie aux gens en leur posant des questions qui les poussent à aller chercher eux-mêmes leurs réponses », explique Anne-Elisabeth Noppens, consultante en services de santé en français.

Le programme trouve son origine dans un constat préoccupant. Lors d’une consultation menée en 2022, plusieurs membres des communautés noires francophones de London ont exprimé leur manque de confiance envers les services existants. Des barrières linguistiques et culturelles limitaient l’accès, menant souvent à des interventions tardives, parfois en situation de crise.

Pour répondre à cette réalité, les partenaires locaux, dont l’Association canadienne pour la santé mentale Thames Valley, se sont inspirés d’un modèle développé au Zimbabwe. Ce programme repose sur une approche communautaire où des intervenants formés agissent comme premiers points de contact.

Depuis sa mise en œuvre en 2024 avec Ellie Zandt, la formatrice internationale, L’Abri du soutien démontre des résultats encourageants. « En général quand on commence un nouveau programme c’est très difficile pour que les gens aient confiance et qu’ils commencent à venir voir mais on a eu presque 60 clients individuels. Les intervenants formés ont fait des présentations dans diverses activités, et plus de 400 personnes ont assisté à des séances d’information dans la communauté. Les données recueillies indiquent que les principales préoccupations concernent le logement, l’emploi et la pression socioéconomique », a partagé Mme Noppens.

Au-delà des chiffres, la formation transforme concrètement les pratiques. Certains intervenants témoignent d’une meilleure capacité à comprendre les réalités vécues. « Cette expérience a été profondément enrichissante et transformatrice. Grâce à l’accompagnement inspirant de la Dre Ruth Verhey, j’ai acquis des outils utiles tant dans ma vie professionnelle que personnelle, tout en développant une approche plus consciente et bienveillante dans ma relation aux autres.

« Cette formation a changé ma façon de voir les situations, en m’apportant plus de clarté, de confiance et de sérénité. Aujourd’hui, je me sens mieux outillée pour accompagner les autres avec présence et authenticité », rapporte Karima Balkaid, participante à la cohorte 2026.

La bénévole Fatima Ezzine explique que la formation lui a permis de « maîtriser l’écoute active et l’accompagnement sans jugement, tout en développant sa capacité à orienter les personnes vers des ressources adaptées et à établir avec elles des objectifs concrets pour soutenir leur progression ».

Le programme accorde également une attention particulière au bien-être des intervenants eux-mêmes. Des séances de supervision régulières sont offertes afin de prévenir l’épuisement et de maintenir un encadrement professionnel. Cette approche vise à assurer la qualité des interventions et protéger la santé mentale des accompagnateurs.

« Cette cohorte bilingue a permis de réunir des intervenants francophones et anglophones, d’enrichir les échanges et de favoriser des pratiques mieux adaptées aux réalités des nouveaux arrivants. Ils sont maintenant outillés pour écouter, accompagner et orienter les personnes vers des services spécialisés le cas échéant », ajoute Rachid Barrima, membre du comité aviseur de L’Abri du soutien.

La formation gratuite s’adresse autant aux professionnels qu’aux bénévoles de la communauté. L’objectif demeure de bâtir un réseau solide, capable de rejoindre les personnes qui hésitent encore à demander de l’aide.

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Photo : Les participants des trois cohortes, les partenaires et les membres du comité aviseur (Crédit : Rachid Barrima)