Fondée en 1826 au cœur du Sud-Ouest ontarien, la ville de London marque en 2026 son bicentenaire avec une année de festivités. Entre héritage historique, dynamisme culturel et défis contemporains, la cité confirme son identité singulière et tournée vers l’avenir.

Chrismène Dorme – IJL – Le Régional

Située au confluent de la rivière Thames, entre les lacs Érié et Huron, à mi-chemin entre Toronto et Détroit, London fête ses 200 ans depuis sa fondation officielle en 1826, confirmée notamment lors du centenaire de 1926.

Bien avant cette date, la région était habitée depuis plus de 10 000 ans par des peuples autochtones, notamment les Anishinaabeg, les Haudenosaunee et les Lenni-Lenape, dont les histoires demeurent essentielles à l’identité de la ville et continuent de façonner son identité.

Longtemps surnommée « ville forestière » en raison des vastes étendues boisées qui l’entouraient, London revendique aujourd’hui encore ce lien avec la nature. Elle a d’ailleurs été désignée capitale forestière du Canada pour 2026-2027. Avec ses 500 563 habitants, il y a plus de 170 langues parlées dans la municipalité, parmi lesquelles l’arabe, l’espagnol, le mandarin et le portugais.

Pour Monique Mailloux, qui y est installée depuis 1972 et Violette Beckhoff, arrivée en 1964, l’évolution de la ville et de sa communauté francophone se lit comme une même histoire de construction et de persévérance.

« Quand je suis arrivée la ville était beaucoup plus petite », raconte Mme Mailloux, aujourd’hui retraitée. Installée dans le quartier historique de Woodfield, elle a vu les habitants se mobiliser pour préserver des maisons centenaires menacées de démolition. « À travers les efforts des résidents, la plupart ont été sauvegardées », se souvient-elle.

Toutes deux évoquent une époque où les services en français étaient quasi inexistants. Mme Beckhoff, l’une des figures clés du développement de la communauté francophone se rappelle même d’un choc culturel à son arrivée : « Je ne parlais pas anglais. J’avais l’impression d’avoir déménagé dans un autre pays ».

Face à ces obstacles, Violette Beckhoff s’engage avec d’autres parents. « On a recueilli des signatures, une vingtaine de familles ». De cette mobilisation naît finalement l’école Alexandra en 1972, devenue aujourd’hui l’école Marie-Curie.

Monique Mailloux confirme l’importance de cette avancée : « Mes quatre enfants y ont été scolarisés. Aujourd’hui, ma petite-fille fréquente une école de langue française », se réjouit-elle.

Au fil du temps, la ville s’est transformée. « Ça construit beaucoup, mais la diversité culturelle est devenue une vraie richesse », souligne Mme Mailloux, tandis que Violette Beckhoff observe une intégration progressive des nouveaux arrivants, notamment de familles venues d’Afrique, qui ont contribué à renforcer les services en français.

Aujourd’hui, London est un centre financier important en Ontario, mais aussi une ville culturelle active, portée par les arts, la musique, le théâtre et de nombreux festivals. Sa population diverse fait sa force, même si certains défis demeurent.

Monique Mailloux exprime une préoccupation partagée : la question de l’inclusion sociale et de l’itinérance, qu’elle espère voir mieux prise en charge dans les années à venir. Elle souhaite aussi un développement plus durable, « une ville qui reste verte, respectueuse de la nature, avec des constructions durables pour les générations futures ».

Pour marquer ses 200 ans, London propose une année complète d’activités : concerts du bicentenaire, spectacles classiques et contemporains, projets d’art public, fêtes de quartier, initiatives citoyennes, promenades nature et activités familiales.

Nouvellement arrivée depuis 2024, Odile Maurand, originaire de France, découvre une ville en pleine effervescence et ses multiples facettes. « Je rêvais du Canada, mais j’avais surtout en tête l’image du Québec. Ici, j’ai été agréablement surprise par la propreté de la ville et ses parcs magnifiques », affirme-t-elle.

Elle admet tout de même une certaine déception face à une cuisine qu’elle juge « trop américanisée », mais elle apprécie la qualité de vie : « Y vivre, c’est facile ». Elle fait remarquer l’accessibilité financière de London comparée à Toronto, ainsi que la présence croissante de services en français.

Dans son travail communautaire, elle observe toutefois certains défis. « Les nouveaux arrivants sont parfois réticents à participer à cause de la langue, car beaucoup d’activités sont en anglais », raconte Odile Maurand. Elle note cependant un manque de communication sur l’histoire locale. « Il faut être natif de London pour connaître plein de choses », s’exclame-t-elle.

Alors que les festivités du bicentenaire battent leur plein, London confirme son identité : une ville en mouvement, façonnée par son histoire, portée par ses communautés et tournée vers un avenir à construire ensemble.

-30-

Photo : Violette Beckhoff (Photo : courtoisie)