Au Centre communautaire francophone de Sarnia-Lambton, un projet rassembleur donne la parole aux aînés à travers leurs recettes et leurs souvenirs. Bien plus qu’un simple recueil culinaire, l’initiative souligne un patrimoine vivant et crée un pont entre les générations, entre mémoire, identité et partage.
Chrismène Dorme – IJL – Le Régional
Derrière cette initiative, se trouve une volonté claire, comme l’explique Sasha Jamieson, coordonnatrice au Centre communautaire francophone de Sarnia (CCFS). « Tout le monde n’a pas accès à ces moments de partage à la maison », dit-elle. Une initiative originale destinée à recueillir des recettes, les histoires qui les accompagnent et mettre en valeur les personnes qui les ont conçues.
L’origine du projet remonte à 2023, lorsque Sasha Jamieson commence à travailler avec des aînés dans le cadre du programme Bien vieillir chez soi, une initiative fédérale destinée à soutenir le maintien à domicile. « On était enveloppé par la chaleur de nos aînés », raconte-t-elle, tout en évoquant ces ateliers culinaires où les souvenirs affluaient. Très vite, l’idée d’en écrire un livre s’impose. « Un livre, mais ce sont des fruits de sagesse, car la sagesse s’épanouit dans les mains », décrit Mme Jamieson.
Si le concept mijotait depuis plusieurs mois, sa concrétisation a été rendue possible grâce au programme des Centres de vie active et à une subvention du ministère ontarien des Services aux aînés et de l’Accessibilité.
Au fil des rencontres, souvent organisées autour d’un thé directement chez les participants, la coordonnatrice recueille récits et confidences. Le projet prend une dimension intime : « Lorsqu’une personne tient le livre, elle retourne dans ses meilleurs souvenirs d’enfance ».
Pour faire vivre cette idée, deux activités ont été organisées en amont, les participants ont pu faire connaissance et partager leurs impressions. Comme lors d’un repas-partage, qui a permis aux participants de goûter et d’échanger autour de plats faits maison, et une journée cuisine, marquée par la préparation de délicieuses pâtisseries. Les participants étaient également invités à soumettre leurs recettes – manuscrites, photographiées – accompagnées de leur histoire.
Au-delà des recettes, c’est tout un patrimoine vivant qui se dévoile. Certains plats, d’une grande simplicité, racontent la résilience face à des périodes difficiles. D’autres, plus élaborés, portent la trace des moments d’abondance et de célébration. Cependant, « on reconnaît la confiance et l’expérience d’une grand-mère qui cuisine avec un instinct sans faille », note la coordonnatrice, et évoque ces gestes précis transmis sans jamais avoir été écrits.
Les influences, elles, reflètent la richesse des parcours. On y retrouve des recettes venues de différentes provinces canadiennes, des États-Unis, mais aussi des traditions adaptées au fil du temps et des familles. « Deux tourtières peuvent être très différentes », illustre-t-elle : épices, proportions et ingrédients varient selon les souvenirs et les origines. Chaque version devient ainsi unique.
L’objectif est de réunir une soixantaine de recettes ; une trentaine ont déjà été collectées. Mais au fond, l’enjeu dépasse largement le contenu culinaire. « C’est de m’assurer que leur savoir ne s’arrête pas », insiste Mme Jamieson, tout en permettant à la jeune génération de se reconnecter à ses racines.
Dans un quotidien marqué par la vitesse et les écrans, le projet invite à ralentir. « Que le monde entre dans la cuisine avec nous », résume Sasha Jamieson, et évoque un moment pour se nourrir autant émotionnellement que physiquement.
À terme, la vente du livre permettra aussi de soutenir des familles dans le besoin, notamment au cours de la période des Fêtes. Une manière, une fois encore, de prolonger cet élan de partage bien au-delà de la cuisine.
Photo : Une aînée a préparé un pâté au saumon. (Crédit : CCFS)







