Présentée à l’École secondaire catholique Monseigneur-Bruyère de London, la pièce Par osmose donne la parole à des élèves confrontés à une réalité bien connue des francophones en milieu minoritaire : celle du choix constant entre l’assimilation et la préservation de leur langue et de leur identité.

Chrismène Dorme – IJL – Le Régional

Entre assimilation et fierté linguistique : une pièce qui fait écho à la réalité des jeunes francophones.

Dans l’établissement, le théâtre est devenu bien plus qu’un simple exercice scolaire. Le mercredi 3 juin, la pièce Par osmose a plongé le public dans une réflexion sensible et actuelle : comment rester francophone quand l’environnement quotidien pousse vers l’anglais?

Portée par des élèves de 11e et 12e années, cette production rassemble cinq jeunes comédiens, dont Jersey Rivard, Madelaine Prémont et Zoey McIntosh, dans des rôles principaux. Ensemble, ils incarnent des parcours contrastés, marqués par un même dilemme : s’intégrer en s’effaçant ou affirmer son identité francophone.

Au cœur de l’histoire, deux personnages symbolisent ce tiraillement. Véronique choisit de s’intégrer au milieu anglophone en délaissant sa culture d’origine, tandis que son frère Jules défend avec fierté son identité francophone et refuse de céder à la pression de l’assimilation.

Pour Zoey McIntosh, qui interprète Véronique, ce rôle résonne fortement avec sa propre expérience. Il évoque la difficulté de vivre pleinement en français à l’extérieur de l’école. « C’est trop différent, quelque chose que j’ai vécu moi-même… on ne peut pas utiliser le français hors de l’école », confie-t-elle, tout en affirmant son attachement à sa culture francophone.

Une réalité que l’enseignante d’art dramatique Julie Dumont connaît bien et qu’elle a voulu mettre au centre du projet. Pour elle, la pièce dépasse largement le cadre scolaire. « C’est un sujet important pour célébrer notre francophonie en situation minoritaire et penser à l’assimilation », explique-t-elle. Elle rappelle que, dans les couloirs, l’anglais domine souvent les échanges entre élèves, malgré la présence d’un environnement scolaire francophone.

La pièce met d’ailleurs en scène une phrase qui a particulièrement marqué les jeunes : « Je parle français juste pour les profs pis les folks. » Une réplique simple, mais qui reflète une réalité quotidienne pour plusieurs adolescents.

Au-delà du jeu d’acteur, les élèves ont aussi participé activement à la création de la production : choix des costumes, conception des décors, gestion de l’éclairage et même sélection musicale. Parmi les morceaux retenus, Notre place, hymne emblématique des Franco-Ontariens, vient renforcer l’ancrage identitaire du spectacle.

Emily Hoskin, un autre élève ayant interprété plusieurs rôles, dont ceux d’une fleuriste et d’un chef de train, souligne quant à lui les défis du quotidien linguistique. « Ma mère parle français parfois, c’est un peu difficile de garder la langue », explique-t-il, tout en reconnaissant l’importance de préserver le français.

Selon Julie Dumont, le théâtre devient ici un outil puissant de réflexion. Les élèves ne font pas que jouer : ils se projettent, se questionnent et, souvent, se reconnaissent dans les situations représentées sur scène. « C’est un choix que chacun doit faire », souligne-t-elle, en évoquant la tension entre intégration et préservation culturelle.

La représentation a suscité de fortes réactions dans la salle, notamment chez les plus jeunes spectateurs. Parents, enseignants et membres de la communauté scolaire ont salué une performance collective marquée par l’engagement et l’authenticité. Plus qu’une simple pièce, Par osmose apparaît ainsi comme un espace de dialogue entre générations, un miroir tendu à une jeunesse francophone qui cherche encore, chaque jour, sa place entre deux langues et deux cultures.

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Photo : Les élèves dans la peau de leur personnage (Crédit : Julie Dumont)