Face à un bien-être psychologique fragilisé chez les jeunes Canadiens, une initiative locale rassemble parents et adolescents autour d’activités concrètes pour briser les tabous, favoriser le dialogue et mieux faire connaître les ressources francophones essentielles, souvent méconnues pourtant accessibles dans la communauté de London.
Chrismène Dorme – IJL – Le Régional
Selon les données de l’Enquête sur la santé mentale et l’accès aux soins de 2022 de Statistique Canada, 18,3 % des Canadiens âgés de 15 ans et plus sont confrontés à un problème de santé mentale. Une réalité accentuée par la pandémie de COVID-19, dont les répercussions se font encore sentir, notamment chez les jeunes.
C’est dans ce contexte que, le samedi 25 avril, le gymnase de l’Académie de la Tamise a accueilli une journée pas comme les autres. Organisée par l’Association canadienne pour la santé mentale Thames Valley (CMHA TV), cette initiative visait un public de 12 à 25 ans et leurs parents, avec un objectif clair : offrir des outils simples et accessibles pour mieux gérer le stress et favoriser le dialogue familial.
« Ce n’était pas une journée pour parler des maladies qui touchent la santé psychologique, mais pour faire de la sensibilisation », explique Noha Elsheikh, navigatrice du système de santé mentale et de traitement des dépendances à la CMHA TV. Sur le terrain, elle observe un besoin criant : « Les jeunes vivent beaucoup de pression et les parents ne savent pas toujours comment aborder ces sujets ».
Entre études, travail et vie personnelle, les défis s’accumulent pour les adolescents. Pour y répondre, la rencontre proposait des activités variées : danse collective, coloriage de mandalas, création de bracelets ainsi qu’exercices de respiration et de relaxation musculaire. Des gestes simples, mais efficaces pour réduire le stress.
Parmi les moments forts, l’atelier « Dans tes souliers » a créé un impact. Adultes et jeunes y échangeaient leurs rôles le temps d’un jeu, afin de mieux comprendre le point de vue de l’autre. « Parents et enfants ont discuté sans tension, cela a permis de briser des barrières », souligne Noha Elsheikh.
L’activité « Mes identités, ma richesse » invitait les participants à placer une épingle sur une carte du monde pour représenter leur pays d’origine. Une manière de valoriser des identités parfois source de stress, notamment chez les jeunes issus de l’immigration. « Certains adolescents ressentent de la honte liée à leur identité. Ici, on transforme cela en force », ajoute-t-elle.
Au-delà des activités, les kiosques d’organismes communautaires ont joué un rôle central. Ils ont fait connaître des ressources en santé mentale, en français, souvent méconnues dans la région. « Les familles ne savaient même pas que ces services existaient, bien qu’ils soient disponibles depuis longtemps », note la navigatrice.
Pour Sonia Muhimpundu, promotrice de la santé au London InterCommunity Health Centre et mère d’un adolescent de 15 ans, cette journée a été révélatrice : « Voir mon garçon réfléchir comme un parent, c’était drôle, mais surtout très éclairant ». Elle souligne également l’importance du temps partagé : « La danse, par exemple, permet de produire des hormones du bonheur tout en créant des moments de qualité ».
Si une seule journée ne suffit pas à transformer durablement les habitudes, elle constitue néanmoins un point de départ. « Cela m’a fait réaliser l’importance d’être à l’écoute de mon fils et de trouver des compromis », confie-t-elle.
Dans un contexte où la perception de la santé mentale diffère souvent entre parents et adolescents, la jeunesse ayant tendance à évaluer leur état de manière plus négative, ces initiatives apparaissent essentielles. Elles contribuent à réduire la stigmatisation, rendre les services plus concrets et humaniser les intervenants.
À long terme, l’objectif est clair : outiller les familles. « Nous espérons que les parents seront plus à même de reconnaître les signes de détresse et d’y répondre de façon adaptée, affirme Noha Elsheikh. Il faudrait que demander de l’aide devienne normal, pour les jeunes comme pour leurs parents. »
Dans les familles issues de milieux ethnoculturels, où les tabous et les traumatismes intergénérationnels peuvent peser lourd, ces espaces d’échange sont d’autant plus précieux. « Nos enfants ne veulent pas toujours parler. Avoir accès à des ressources, parfois de façon anonyme, est indispensable », conclut Sonia Muhimpundu.
-30-
Photo : Un père et sa fille au kiosque de L’Abri du Soutien afin de s’informer. (Crédit : A. Noppens/ACSM TV)







