La maternité se dévoile autrement, à London. Depuis le mois de mai, l’exposition MOTHERGROUND de l’artiste franco-manitobaine Dominique Rey propose une plongée intime et universelle dans les liens qui unissent une mère à ses enfants. Elle est présentée comme l’une des premières au Canada à offrir une réflexion aussi approfondie sur la maternité.
Photographies, collages, sculptures à taille humaine et installation vidéo composent cette exposition en trois « chapitres » qui retrace différentes étapes de la recherche artistique de Dominique Rey. Une démarche née d’une expérience personnelle.
« Quand je suis devenue mère, cela a été une expérience transformatrice et je me suis demandé comment retranscrire cela à partir de l’art », explique-t-elle.
Pendant six ans, Dominique Rey a travaillé avec ses deux enfants, Madeleine et Auguste Coar, qui participent directement à l’exposition. Loin d’être de simples sujets photographiques, ils sont devenus de véritables collaborateurs.
Au fil des œuvres se trouve la relation entre deux êtres dont les corps, d’abord étroitement liés, apprennent progressivement à se séparer. Dominique Rey évoque un langage corporel « inné, authentique et ambigu », qui raconte la rencontre, puis la distance qui s’installe à mesure que l’enfant grandit et gagne son autonomie.
Cette réflexion intime prend une dimension plus universelle grâce à une installation vidéo qui joue sur les rapports entre le micro et la macro, comme une métaphore de la manière dont la vie se propage. Un rideau imprimé d’images de la rivière Rouge, à Winnipeg, accompagne le film expérimental et renforce cette impression d’immersion.
Si une grande partie de l’exposition repose sur les photographies de l’artiste avec ses enfants, Dominique Rey refuse d’y voir un simple autoportrait. La maternité, rappelle-t-elle, ne se résume pas à une expérience individuelle. Elle constitue un langage universel, une fondation de l’histoire de chacun. « Même ceux qui n’ont jamais vécu la maternité peuvent y retrouver des souvenirs, des émotions ou des images de leur propre enfance », ajoute-t-elle.
Cette dimension universelle n’efface toutefois pas la perspective de l’artiste. En tant que Franco-Manitobaine, Mme Rey s’intéresse aux expériences de femmes souvent mal comprises ou confrontées aux stéréotypes. « Nous devons nous battre pour nos droits, ils ne sont pas acquis », affirme-t-elle, ajoutant que son travail cherche parfois à révéler certaines expériences isolantes et à ouvrir une réflexion féministe.
À London, elle souhaite surtout que les visiteurs vivent l’exposition plutôt que de simplement la regarder. L’expérience se veut « ludique et émotionnelle ».
Le public est d’ailleurs invité à participer à son tour, notamment en créant des assemblages et des collages. Une façon de prolonger la collaboration au-delà des œuvres exposées.
Avec MOTHERGROUND, l’artiste ne cherche donc pas seulement à raconter sa maternité. Elle ouvre un espace où chacun peut interroger ses propres liens, ses souvenirs et la façon dont, entre attachement et séparation, nous apprenons tous à devenir nous-mêmes.
Photo : L’installation vidéo explore le lien entre maternité, corps et propagation de la vie. (Crédit : Dominique Rey, MOTHERGROUND, 2024, Collection de l’artiste, Museum London)





